2020-08-10

10 août 2020, 20:58: Svaboda

Brûlures graves, blessures par éclats de projectiles, blessures par balle en caoutchouc – les personnes atteintes de telles blessures se trouvent dans un hôpital militaire. Il y a parmi elles des femmes gravement blessées. Certains ont été soignés et sont rentrés chez eu durant la matinée. On comptait 26 blessés à la clinique chirurgicale numéro 2 dans l’après-midi du 10 août.

La correspondante de Svaboda a pu entrer à la clinique médical militaire №432 des Forces armées de la République du Bélarus et s’est entretenue avec six victimes.

Vyatchaslaou: « Les médecins ont exprimé leur gratitude pour la mobilisation civile »

Вячаслаў

Vyatchaslaou est arrivé à la stèle (ndtr, monument à Minsk) vers 22h30 où il y avait déjà beaucoup de monde.

« Quand je me suis approché, j’ai entendu des explosions, mais les gens ne fuyaient pas pour autant. Je me trouvais assez proche des forces de l’ordre. Pendant longtemps, les gens bougeaient à peine, des barrages ont été créés à partir de poubelles. Il n’y a pas eu d’attaques ni de provocations. Les gens criaient : « Nous sommes pour la paix », « La police avec le peuple »

Au bout d’un moment, tout près – à trois mètres de nous – on a entendu la détonation de la première grenade assourdissante. Les gens ont eu peur et ont essayé de fuir mais il y avait beaucoup de monde et il était difficile de s’échapper en courant. Puis il y a eu deux autres explosions. La troisième grenade a explosé juste derrière moi. Tout mon dos a été criblé par ses éclats. Quelques-uns se sont incrustés dans mon dos et dans l’arrière de mon bras gauche. Mes cheveux ont pris feu.

J’entendais à peine et je perdais du sang. Mon tee-shirt s’est transformé en haillons. Je l’ai enlevé mon tee-shirt et commencé à chercher une ambulance – j’en avais repéré deux avant les explosions, mais au moment de la troisième explosion, elles ne se trouvaient pas à proximité », explique Vyatchaslaou.

Il était en compagnie de sa petite-amie près de la stèle. La fille se tenait un peu en retrait et n’a pas été blessée. Après avoir appelé l’ambulance, ils l’ont attendu pendant 25 minutes.

« En attendant, des gens distribuaient du peroxyde d’hydrogène et des bandages. Un homme en possession de médicaments m’a aspergé le dos de peroxyde et me l’a bandé. Une ambulance est arrivée ils m’ont refait un bandage adéquat et m’ont emmené dans un hôpital militaire », raconte Vyatchaslaou.

Dans la nuit, des gens du Comité d’enquête sont venus me voir. D’abord, l’un d’eux a pris mes coordonnées et photographié mes blessures. Un deuxième enquêteur m’a rendu visite au moment où je somnolais. J’ai ouvert les yeux et vu une caméra tournée sur mon visage. J’ai essayé de le cacher. Puis un autre enquêteur est venu et m’a de nouveau questionné sur tout ce qui s’était passé », dit Vyatchaslaou.

Le matin, ils m’ont diagnostiqué une rupture du tympan à l’oreille gauche et à l’oreille droite. Le médecin ne sait pas à quelle vitesse ils guériront. Il s’est montré rassurant, même en disant que tout était possible dans la vie.

Le jeune homme dit que les médecins traitent les blessés avec compréhension et compassion. Ils ont exprimé leur gratitude pour la mobilisation civile.

« Je ne m’attendais pas à ce qu’on tire sur les gens. J’ai vu qu’ils étaient arrosés – pas avec un fort jet, plutôt doucement, à l’aide d’un tuyau, comme des fleurs. Les mégaphones n’ont rien dit, n’ont pas prévenu que les forces de l’ordre attaqueraient le peuple. Il n’y a pas eu de provocations. Je suis choqué par tout cela », dit Vyatchaslaou sur un ton amer.

Siargei: Dans l’ambulance, il y avait déjà une femme au visage mutilé. Un jeune homme blessé par une balle au ventre était allongé sur le sol.

Siargei, 50 ans, vit près de la stèle. Il se définit comme complètement apolitique, ne participe jamais aux défilés ou aux rassemblements de dissidents. Il dit que lorsque des défilés ou autres événements gouvernementaux ont lieu, on l’oblige à fermer toutes les fenêtres, et qu’il a souvent vu des snipers sur les toits des immeubles voisins.

Dimanche soir, l’homme se rendait simplement au magasin, il traversait la cour du côté de la rue Gvardzeiskaya sans se rendre sur l’avenue Macherava, car il y avait beaucoup de monde. 

“« En marchant, j’ai entendu des explosions, des coups de feu. Je suis sorti par la sortie arrière du supermarché  » Biggs  » et j’ai rapidement couru au magasin. Puis quelque chose a grondé fortement juste à côté. J’ai senti qu’une de mes jambes était figée, impossible de marcher.

Une fille m’a accompagné vers une ambulance qui se tenait à proximité. À l’intérieur, il y avait déjà une femme au visage mutilé. Un jeune homme était allongé sur le sol, blessé par une balle dans le ventre », raconte Siargei.

Il a été emmené dans un hôpital militaire. L’homme a une jambe gravement blessée – une balle en caoutchouc a pénétré profondément dans les tissus.

Siargei: « 26 personnes ont été hospitalisées dans la nuit de dimanche à lundi, dans le service de chirurgie № 2 »

Siargei habite également près de la stèle et s’est également rendu au magasin dimanche soir. Des policiers de la brigade antiémeute, entièrement équipés, se trouvaient du côté du lac Komsomolskoye. «Au début, j’ai vu une machine arroseuse mais ce n’était pas un canon à eau. Ils n’ont pas arrosé les gens avec un jet particulièrement puissant mais plutôt doucement avec un tuyau. Quand la police antiémeute est arrivée, elle a commencé à frapper les gens. Ils ont commencé à lancer des grenades assourdissantes – c’est à cause d’elles que les gens ont subi des brûlures et des blessures si sanglantes. Quand la fusillade a commencé, j’ai pensé que je devrais retourner à la maison, en passant par la rue Gvardzeiskaya. Mais quand je me suis retourné, des gens se sont jetés sur nous – la police antiémeute, les forces du Département spécial d’intervention urgente ou la police. Aujourd’hui, un homme du Comité d’enquête, qui nous a interrogés, a déclaré que c’était la police.

C’était horrible: ce sont des humains, tout comme nous! Quelques-uns nous frappaient, les autres arrêtaient les gens. Je n’ai pas eu le temps de reprendre mes esprits, car je me suis « pris » une balle en caoutchouc. Merci aux hommes et femmes qui, sans perdre de temps, ont appelé une ambulance. Au début, je pouvais marcher, mais la plaie est profonde, les tissus sont déchirés, c’est très douloureux», dit Siargei.

Siargei a conservé la balle, car il comprend qu’ils seront accusés d’avoir organisé des émeutes publiques et d’hooliganisme malveillant. Les urgentistes voulaient récupérer la balle, mais il ne la leur a pas donnée..

Siargei dit que dans la nuit de dimanche à lundi, 26 personnes ont été hospitalisées dans le deuxième service de chirurgie, et qu’il y a des filles gravement blessées. L’une a été très gravement blessée aux bras, aux jambes, au visage. Deux ont eu des blessures aux jambes. Une ressortissante étrangère a également été blessée aux jambes.

Victor: « Ils ont lancé des grenades dans la foule sans prévenir, c’était très effrayant »

Le dimanche soir, Victor était près du pont sur la rivière Svislatch, plus près du théâtre de l’opéra et du ballet. Des policiers antiémeutes avec des boucliers étaient déjà là. Ils ont averti par haut-parleurs que des moyens spéciaux seraient utilisés, se souvient Victor.

«J’ai commencé à m’éloigner. Après avoir entendu une explosion j’ai couru. Ils ont lancé des grenades dans la foule sans prévenir, c’était très effrayant». Une grenade assourdissante a explosé à côté de lui.

« J’avais une jambe en sang. J’ai boité jusqu’à l’endroit où j’avais récemment vu une ambulance mais elle n’était plus là. Heureusement, j’ai repéré un gars portant un gilet d’ambulancier, il était en train d’aider quelqu’un. Ils se sont dirigés vers un taxi. Je les ai suivis. Des gens appelaient :  » Il y a une autre victime !  » Ils m’ont aussi bandé. Et à 1h17, j’ai été conduits à l’hôpital. J’ai des blessures par éclats d’obus, de graves brûlures aux jambes », explique Victor.

Le jeune homme dit que les manifestants étaient pacifiques, scandant constamment «La police avec le peuple», «L’armée avec le peuple».

Kirill: «80% des voix pour Loukachenka cest une exagéré. En plus, Internet a été coupé, comme en Corée du Nord.»

Dimanche soir, Kiril était à l’intersection de l’avenue Macherava et de la rue Daoumana. Des policiers antiémeutes équipés de boucliers y sont restés pendant longtemps, derrière eux se trouvaient des canons à eau. Juste à côté de cet endroit, le conducteur du bus 44 a bloqué la route et les gens ont réussi à s’éloigner des militaires. Cependant, il y a eu des explosions de grenades plus loin.

“Des fragments d’une grenade assourdissante m’ont atteint à la jambe. J’ai de nombreuses lacérations à la jambe, assez profondes. Ça fait mal, évidemment.

De 3 à 6 heures du matin, les agents du Comité d’enquête sont passés nous voir et ont interrogé tout le monde à plusieurs reprises.

Nous sommes choqués par ce qui se passe dans le pays. 80% des voix pour Loukachenko, c’est une exagéré. En plus, Internet a été coupé, comme en Corée du Nord», s’indigne Kiril.

Mikalai: «Ici il y a beaucoup de gens blessés par balle. Mais dans la carte médicale on indique que les blessures proviennent d’éclats d’explosifs».

Mikalai a été blessé à l’arrière de la tête par une balle en caoutchouc. Il affirme que ceux qui ont tiré des balles en caoutchouc se trouvaient sur le pont sur la rivière Svislatch et à l’intersection de l’avenue Pobediteley et de la rue Daoumana. Il a été touché par balle à l’intersection de l’avenue Masherava et de la rue Daoumana. 

«Ici, à l’hôpital militaire, il y a beaucoup de gens blessés par balle. Mais on indique dans la carte médicale que les blessures proviennent d’éclats d’explosifs », s’indigne Mikalai.

La correspondante de Svaboda a dû cesser de parler aux hommes : elle s’est vue contrainte de partir rapidement suite à l’avertissement d’un jeune médecin prévenant qu’il allait appeler les agents de sécurité. Il n’a pas non plus été possible de rendre visite aux femmes blessées, qui recevaient des soins au moment de la prise d’entrevues.

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